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Individual:
Gérard Lebel, "Nos Ancêtres 1", Sainte-Anne de
Beaupré, 1981, p.71-74
NICOLAS LEROY
Les familles nombreuses qui descendent de cet
ancêtre, humble mais attachant, portent aujourd'hui
le nom de Roy.
Nicolas Leroy, fils de Louis et d'Anne Le Mestre, fut
baptisé à Saint-Remi de Dieppe, Normandie, le 25
mai 1639. Très jeune, il épouse Jeanne Lelièvre. Le
26 novembre 1658, il fait baptiser son aîné, Louis,
à St-Remi.
La famille déménage
Pourquoi Nicolas Leroy vint-il au Canada? Son père
étant décédé, devint-il le soutien de sa mère? Son
beau-père, Guillaume Leiièvre, veuf, travaillait en
Nouvelle-France depuis 1656. Les bonnes
nouvelles que Nicolas pouvait recevoir l'invitaient à
émigrer. Ensemble, on décide de déménager vers
une patrie
nouvelle. Le groupe comprenait cinq personnes:
Nicolas, sa femme, sa mère et ses deux enfants:
Louis et Nicolas.
Précisons l'année de l'arrivée de cette famille en
Nouvelle-France. Un document tiré des Archives
de France nous livre ceci: «Du vendredi, 17e jour
de juin
1661, devant Michel Manichet, notaire et tabellion
royal en la vicomte d'Arqués, et Antoine Le
Marchai, tabellion à Dieppe.
Fut présent Nicolas Le Roy, bourgeois de Dieppe
lequel a promis et promet par ces présentes payer
ou faire payer à honorable homme Jean Gloria,
bourgeois du dit Dieppe, prest à partir pour aller
faire voyage en Canada, dans le navire commandé
par le capitaine Poullet, de cette ville, huit jours
après
son arrivée au dit lieu, la somme de cinquante livres
pour le passage du dit Le Roy, qu'il a dit être à lui
payée par le dit Gloria. Cessant quoy il n'aurait pu
passer au dit lieu. Que s'il estait délayant ou
refusant de payer icelle somme au temps susdit,
pourra le dit Gloria disposer de luy comme il verra
bon être.
A quoi faire et fournir, le dit Le Roy s'est obligé par
corps et biens, présence de Guillaume Loy et
Jacques Ledoyen, du dit Dieppe. Loy, avec
paraphe; J.
Gloria; Nicollas Leroy» (BRH, 1929, p. 697).
La lecture de ce texte authentique laisse entendre
que les Leroy quittèrent leur pays en juin 1661. Le
généalogistes Michel Langlois, lui, en conclut ceci
avec certitude en utilisant le Journal des Jésuites:
«Nicolas Le Roy arriva donc au pays le 22 août
1661 à bord du navire de Laurent Poullet» (SGQ, 2,
397).
A Québec, Nicolas, Jeanne Lelièvre, sa femme, et
leurs enfants furent chaleureusement reçus par
Guillaume Lelièvre, déjà bien acclimaté à la région,
remarié même depuis fin 1660 avec veuve
Marguerite Millet. Ce fut un beau soir pour les deux
familles réunies au Canada.
La famille s'installe
Guillaume ne dut pas tarder à trouver de l'ouvrage
à son gendre. Peut-être le dirigea-t-il assez tôt vers
la seigneurie de Beaupré. Là s'arrêtent nos
suppositions. Le 6 octobre 1663, Nicolas Leroy
reçut concession de son lot, de Guillemette Hébert,
veuve Couillard. La même année, grand-maman
Leroy,
Anne Le Mestre, épouse Adrien Blanquet, tisserand
de son métier. Et le 8 juin 1664, en présence du
notaire Duquet, Nicolas acquiert officiellement sa
terre
de 2 arpents de largeur, à un mille à peine à l'est du
Sault Montmorency, aujourd'hui Boischatel. Une
cabane fut bâtie et la famille Leroy vivra sur cette
ferme peut-être jusqu'en 1679, date de la vente des
deux arpents, l'un à Jacques Marette, l'autre à
René Brisson.
Là avaient grandi Louis et Nicolas. Là étaient nés
Noël, Marie, Guillaume, Jean, M.-Elizabeth et
Jean-Baptiste, le cadet âgé d'un an.
Nicolas avait vécu de la terre. Le recensement de
1666 mentionne le nom de Jean Brière, son engagé
domestique. Nicolas avait aussi un emploi qui lui
rapportait quelques livres; il était «poigneure»,
c'est-à-dire un petit garde-pêche. Ce n'est pas
d'hier que les Canadiens sont braconniers...!
Nicolas possède
4 bêtes et 7 arpents en valeur, en 1667.
Evénement scabreux
S'il y avait quelqu'un qui ne voulait pas faire de la
peine aux autres, c'était bien Nicolas Leroy et son
épouse. Mais, un jour, à contrecoeur il fallut recourir
à
la justice. C'était en 1669.
Un célibataire du nom de Jacques Nourry vivait
dans la région depuis l'automne 1651. Il venait de
Feings comme Pierre Maheux. En 1660, Charles
Legardeur de Tilly lui avait affermé son domaine en
banlieue de Québec, pour 5 ans. Puis, en 1664,
Jacques possède 2 arpents de front de terre non
loin
des chutes Montmorency, Côte de Beaupré. Son
voisin se nomme Charles Garnier. La ferme de
Nourry et celle de Leroy étaient distantes d'une
quin-zaine
d'arpents. Au recensement de 1667, J. Nourry, 29
ans, avait 6 arpents en culture. Ce Jacques Nourry,
un jour de l'été 1669, rencontra la toute petite fille
de
Nicolas et de Jeanne, Marie Leroy âgée de moins
de 5 ans. Nourry viola Marie. Les choses n'en
restèrent pas là.
Le 9 août, les parents Leroy, blessés, portèrent
plainte et les réponses «de la dicte fille». Trois
chirurgiens donnèrent leur verdict après
confrontation du
violeur et de la violée. Le lendemain, le «substitut
du procureur général du Roy» donna ses
conclusions aux membres du Conseil Souverain. Le
12 du
même mois, justice exemplaire était dictée:
«Le Conseil a déclaré et déclare le dict Jacques
Nourry deüement atteint et convaincu d'avoir violé
la dicte Marie LeRoy, et pour réparation l'a
condamné
et condamné d'estre pendu et estranglé a une
potence et ensuite son corps traisné a la voyrie
après que la teste en aura esté séparée pour estre
mise sur
un poteau, en trois Cent livres de réparation civile
envers la dicte Marie LeRoy pour la faire penser et
luy ayder a estre mariée, En Cent livres d'amande
aplicable le tiers a l'hospital et les deux autres tiers
aux nécessitez du Conseil et aux despens du
procès, a déclaré le reste de ses biens acquis et
confisquez au Seigneur hault Justicier de Beaupré;
Faict au Conseil tenu a Québec le douziesme Aoust
gbIC soixante neuf».
Dès le 7 septembre, les autorités adjugèrent la
ferme de Nourry à Charles Garnier. Quand à Marie
Leroy, baptisée à Québec le 15 août 1664, la
filleule de
Michèle Nau, femme du sieur Joseph Giffard,
marquis de Beauport, elle grandit normalement,
devint l'épouse de Jean Gaudreau le 31 juillet
1679, fut mère
de 3 enfants et demeura au Cap-Saint-Ignace.
Sur la rive sud
Des événements semblables n'arrivent pas sans
troubler la vie d'une famille, sans créer un malaise
dans le milieu. Les Leroy cherchèrent, semble-t-il,
un
occasion favorable pour changer de région. Le 13
août 1676, Nicolas Leroy était parrain d'Anne
Catherine Moleur dit Lallemand, à La Durantaye.
Adieu la Côte de Beaupré, les amis, les voisins!
Nicolas et Jeanne avec 7 enfants s'engagent sur le
fleuve en canot, contournent l'île d'Orléans et
s'orientent vers les vastes domaines du seigneur
Olivier Morel à la Durantaie, dans les limites de
Beaumont. Le premier août 1681, lui et sa femme
sont
confirmés par Mgr de Laval. Cette année-là, le
colon possède 8 bêtes à cornes, 20 arpents en
valeur et un fusil. Les deux fils aînés avaient leur
propre
terre à côté de leur père. Et l'un après l'autre les
enfants quittèrent le nid. L'autre rive de la vie
approchait.
Nicolas mourut entre avril 1690 et octobre 1691.
Quand à Jeanne Lelièvre, elle convola en
secondes noces, le 8 février 1695, avec François
Molinet.
Nous ignorons les origines de ce François Molinet.
Jeanne vécut encore de nombreuses années. Elle
fut inhumée, le 11 janvier 1728, à St-Vallier.
Plusieurs descendants de Nicolas ont fait honneur
à l'Eglise et à la Patrie. L'esprit de travail et de
recherche semble caractériser cette honorable et
grande
famille Roy. Signalons Mgr Paul-Eugène Roy,
archevêque de Québec, fondateur du journal
L'Action; et Pierre-George Roy. un des archivistes
les plus
remarquables de la province de Québec. Le
cardinal Maurice Roy, archevêque de Québec,
primat de l'Eglise canadienne, descend aussi de
Nicolas
Leroy. CANADIENNE-FRANÇAISE
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